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Assemblée nationale : la transparence à l’épreuve de l’État de droit

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Assemblée nationale : la transparence à l’épreuve de l’État de droit

Quand les auditions parlementaires deviennent publiques, la démocratie gagne en visibilité. Mais elle ne gagne en crédibilité que si la vérité recherchée demeure indissociable du respect des droits.

La démocratie aime la lumière. Elle s’en nourrit, s’en réclame et y puise une partie de sa légitimité. Au Sénégal, le débat sur la retransmission des auditions des commissions d’enquête de l’Assemblée nationale remet au goût du jour une question fondamentale : jusqu’où peut-on aller au nom de la transparence sans fragiliser les droits de ceux que l’on entend ?

La question mérite mieux que les passions politiques et les affrontements de circonstance. Elle engage la conception même que nous nous faisons de nos institutions, de la justice et de la responsabilité publique.

La lumière, oui. Le tribunal médiatique, non.

La publicité des auditions parlementaires possède des vertus indéniables. Elle permet aux citoyens de suivre les travaux de leurs représentants, de comprendre les enjeux des enquêtes et de mesurer la portée des questions soulevées. Dans une société où la demande de reddition des comptes est de plus en plus forte, le huis clos systématique pourrait nourrir la suspicion.

Le citoyen a le droit de savoir. Il a le droit de comprendre comment les affaires publiques sont examinées et comment les responsabilités sont recherchées.

Mais ce droit à l’information ne saurait devenir un permis d’exposer, de condamner ou d’humilier.

Une audition parlementaire n’est pas un procès. Une commission d’enquête n’est pas une juridiction. Et une personne convoquée n’est pas, par le seul fait de sa convocation, une personne coupable.

C’est précisément là que se situe la frontière entre la transparence démocratique et la mise en scène politique.

Les droits de la défense ne sont pas négociables

Dans les grandes controverses politiques, les principes juridiques sont parfois relégués au second plan. L’émotion prend le dessus, les soupçons deviennent des certitudes et les accusations circulent plus vite que les faits établis.

La retransmission publique des auditions peut accentuer ce phénomène. Une réponse hésitante, une contradiction apparente ou une déclaration maladroite peuvent être immédiatement interprétées comme des aveux, alors qu’elles exigeraient parfois des explications complémentaires.

Le respect des droits de la défense ne constitue donc ni un privilège accordé aux puissants ni un obstacle à la manifestation de la vérité. Il représente une garantie fondamentale contre l’arbitraire.

La démocratie ne se mesure pas uniquement à sa capacité de mettre les affaires publiques en pleine lumière. Elle se mesure également à sa capacité de protéger les droits individuels lorsque la pression de l’opinion devient forte.

Le Parlement doit montrer l’exemple

L’Assemblée nationale dispose d’une responsabilité particulière. Elle contrôle, enquête, interroge et participe à l’élaboration de la loi. À ce titre, elle doit être exemplaire dans l’application des règles qu’elle défend.

La publicité des auditions doit obéir à des critères clairs, à des décisions motivées et à une procédure respectueuse des textes. Elle ne devrait dépendre ni de l’intérêt médiatique d’une affaire ni du bénéfice politique que pourrait en tirer un camp.

De même, les éventuelles dérogations à la publicité doivent être justifiées par des motifs sérieux, et non utilisées pour soustraire des travaux sensibles au regard des citoyens.

La transparence ne doit pas être sélective. Elle ne peut s’appliquer aux adversaires et disparaître lorsqu’elle devient embarrassante pour ses propres défenseurs.

C’est à cette impartialité que se reconnaît une institution véritablement républicaine.

La démocratie ne se résume pas à la confrontation

Le débat autour des auditions parlementaires révèle une tension plus profonde dans notre vie publique : celle qui oppose parfois l’exigence de résultats immédiats à la lenteur nécessaire des procédures institutionnelles.

Les citoyens veulent des réponses. Ils veulent savoir qui a fait quoi, qui doit rendre compte et quelles conséquences doivent découler des faits établis. Cette attente est légitime.

Mais l’impatience populaire ne dispense pas les institutions de respecter les règles. La recherche de la vérité exige de la méthode, de la contradiction et de la rigueur. Elle ne peut se réduire à une succession de déclarations spectaculaires destinées à nourrir l’actualité.

Le Parlement doit éclairer le débat public, non l’enflammer artificiellement. Il doit contribuer à établir les faits, non distribuer des verdicts avant l’heure.

Le véritable enjeu : restaurer la confiance

Au Sénégal, la crédibilité des institutions dépendra moins de la publicité des auditions que de la qualité du travail accompli, de l’équité des procédures et de la sincérité des conclusions.

Une commission d’enquête qui travaille avec rigueur, entend les différentes parties et respecte les textes peut renforcer la confiance citoyenne, que ses séances soient publiques ou que certaines nécessités justifient leur confidentialité.

À l’inverse, une audition transformée en spectacle risque de produire davantage de bruit que de vérité.

La transparence doit donc être un moyen de contrôle démocratique, non un instrument de règlement de comptes. Les droits de la défense doivent être une garantie pour tous, non un refuge contre toute investigation.

La République n’a pas à choisir entre la vérité et le droit. Elle doit défendre les deux.

Car une démocratie solide n’est pas celle qui expose le plus, accuse le plus fort ou condamne le plus vite. C’est celle qui accepte que la vérité soit recherchée publiquement lorsque cela est possible, contradictoirement lorsque cela est nécessaire et toujours dans le respect de la loi.

La lumière est indispensable à la démocratie. Mais sans les garde-fous du droit, elle peut aussi devenir un instrument d’aveuglement.

Et lorsque la transparence cesse de protéger l’intérêt général pour servir les passions politiques, ce n’est plus seulement la réputation des personnes qui est en jeu : c’est la confiance dans la République elle-même.

Par imam chroniqueur
Babacar Diop

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